Musique sacrée de Charles Gounod : Messe solennelle de Sainte Cécile

choeur mosaique


CONCERT


Musique sacrée
de
Charles Gounod



5 JUIN 2010


"Messe solennelle de Sainte Cécile"


avec


LE CHOEUR MOSAÏQUE

et

Dominique PAUTAS, soprano

Naoum KHOURY, ténor

Rémi-Charles CAUFMAN, basse

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Eric CHAQUENEAU, Piano


Mustapha KAÏD,
Direction musicale





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affiche du concert de musique sacrée de Charles Gounod du 5 juin 2010


Concert organisé par l'Association des Amis de l'Ecole de Musique
à l'église Saint-Louis, 8 rue du château, 95170 Deuil-la-Barre
[Coordonnées : voir événements]

20h30

Entrée payante : 5 euros
Entrée gratuite pour les moins de 12 ans

Info et réservation : 01 39 84 03 64

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MUSIQUE SACRÉE DE CHARLES GOUNOD


La musique religieuse tient une place particulièrement importante dans l'œuvre de Charles Gounod et -ce qui est primordial- elle occupait la première place dans ses convictions et ses préoccupations, ceci, même lorsqu'il deviendra célèbre, décoré, membre de l'Institut, etc... De plus, sa production religieuse, si abondante, nous le verrons, tient un rôle prépondérant dans toute la musique de son époque.

En 1839, à l'âge de vingt et un ans, Gounod remporte le Grand Prix de Rome. Il part pour la Ville Éternelle et passe trois années à la Villa Médicis. Déjà il est tenté par des compositions de musique religieuse. Les Chœurs de la Chapelle Sixtine ont fait sur lui une grande impression. Ayant quitté Rome pour Vienne, il se rend à Leipzig où il rencontre Mendelssohn à qui il vouera dès lors une admiration sans borne. Il lui soumet sa première Messe de Requiem exécutée quelques jours plus tôt à Vienne. De retour à Paris, en 1843, il est nommé organiste et maître de chapelle à l'église des Missions Étrangères (paroisse qui devait plus tard être assumée par l'église Saint-François-Xavier). Directeur absolu de la musique religieuse à laquelle, à la suite de Choron, de Niedermeyer, du Prince de la Moskowa, il veut apporter sa réforme. Il songe alors à rentrer dans les Ordres et obtient de l'Archevêque de Paris la faveur d'habiter le Couvent des Carmes et de suivre les cours de théologie du séminaire de Saint-Sulpice. Pendant plusieurs mois, en 1846, il porte même la soutane et signe ses lettres et ses œuvres Abbé Gounod.

Mais la Révolution de 1848 et le bouleversement des idées troublent ses résolutions. Bientôt le sacerdoce ne lui apparaît plus comme le but de sa vie. En Mars 1848, Gounod donne sa démission à l'église des Missions Etrangères; il abandonne les Carmes et le séminaire de Saint-Sulpice. Mais il ne renonce pas à sa foi, ni à la musique religieuse qui l'inspirera durant toute sa vie et plus encore au cours de ses dix dernières années : sa toute dernière œuvre ne sera-t-elle pas un Requiem qu'il aura le temps de terminer avant de rendre son dernier soupir. Il devait d'ailleurs revenir occasionnellement à l'orgue (il en possédait un chez lui), particulièrement à l'église de Saint-Cloud où il venait rendre visite à son élève Henri Busser organiste de cette église qui alors lui cédait les claviers.

La musique religieuse

La musique religieuse de Charles Gounod comporte environ deux cents œuvres d'inégale importance que l'on peut classer en trois catégories :

- œuvres de concert : oratorios, messes, Requiem, grands motets,

- œuvres liturgiques : messes, motets,

- mélodies religieuses : solos, duos.


Les messes :


Gounod a composé une bonne vingtaine de messes tout au long de sa vie auxquelles il faut ajouter des fragments de messe séparés (Sanctus, Benedictus, Agnus Dei). De dimensions variables et de valeur inégale, ces messes peuvent être classées en deux catégories: les messes de concert, qui se rapprochent des oratorios, et les messes plutôt destinées à la liturgie. Dans cette catégorie, citons dans l'ordre chronologique la Messe Saint-Louis composée à Rome en 1841 et qui valut à son jeune auteur son premier succès ; la Messe Pascale écrite à Vienne en 1843. La Messe Sainte-Cécile (1855) apporta la célébrité à son auteur dès sa première audition en l'église Saint-Eustache à Paris. Curieusement, c'est la seule messe importante de Gounod qui soit encore connue de nos jours et pourtant ce n'est pas, à mon avis, la meilleure. Gounod, en contradiction avec lui-même, se laisse aller à certaines concessions, à certains effets de musique de théâtre. La Messe Solennelle de Pâques (1874) lui est supérieure : d'une inspiration plus personnelle et d'une écriture plus recherchée, elle comporte des thèmes de toute beauté ; elle est écrite sans partie de soliste et avec accompagnement de grand orchestre. Citons encore la Messe du Sacré-cœur .

De dimension presque aussi importante sont les messes suivantes mais, avec ou sans soli, elles ne comportent pas d'accompagnement orchestre : Messe aux Cathédrales, la Messe Chorale(1888) La Messe Sainte-Jeanne-d'Arc (1891) Messe de Saint-Jean l'Évangéliste...

Dans une troisième catégorie, on peut citer des messes plus brèves et pour chœur plus restreint. Par exemple : Messe aux Orphéonistes à trois voix d'homme, Messe N° 3 aux communautés religieuses à trois voix de femme, Messe Brève aux Chapelles pour soli et chœur à quatre voix, Messe de Clovis. Toutes ces messes sont accompagnées par l'orgue.

Enfin il faut citer à part les messes funèbres : tout au début de sa carrière, nous l'avons vu, après ses trois années passées à la Villa Médicis, au cours de son séjour à Vienne en 1842, Gounod écrivit un Requiem dont la première audition sous sa direction remporta un vif succès si l'on en croit les critiques de l'époque, et les éloges de Félix Mendelssohn dont il venait de faire la connaissance émerveillée.

Plusieurs Ave verum ont été composés par Charles Gounod ; deux d'entre eux ont un accompagnement de grand orchestre, l'un pour chœur, l'autre pour solo de soprano et chœur. Également avec orchestre, on trouve deux O Salutaris, un Ave Maria, une Salutation Angélique. Il faut encore citer parmi ces motets particulièrement intéressants plusieurs Pater noster, toujours pour le chœur, (l'un pour soli et chœur avec orgue). Enfin terminons avec Soixante Chants Sacrés en trois volumes : ce sont des motets divers, en latin, pour solo ou duo ou chœur (à quatre, cinq ou six voix) et orgue : pages pleines de mélodies qui reflètent un esprit tout à fait liturgique et une inspiration sans défaillance .

Que dire alors du fameux Ave Maria qui, avec Faust, est, pour beaucoup, la seule œuvre que l'on sache attribuer à Charles Gounod, quand on ne le confond pas avec celui de Schubert ! Eh bien, précisément parlons en ! Cet Ave Maria qui fit tant pour la popularité de son "auteur", Gounod ne l'écrivit jamais ! Un jour notre compositeur s'était mis au piano devant son futur beau-père, le pianiste réputé Zimmermann ; il improvisa alors sur le Premier Prélude en ut du Clavecin bien Tempéré une mélodie jugée ravissante. Gounod l'ayant répétée une seconde fois, Zimmermann la nota puis, quelques jours plus tard, la fit entendre à son futur gendre jouée par un violon et soutenue par un petit chœur. Quelque temps après on en fit un arrangement pour piano, harmonium et violon ou violoncelle sous le titre de Méditation qui eut du succès à plusieurs reprises au concert. C'est encore plus tard que, à l'instigation de Zimmermann, l'éditeur Heugel transcrivit cette Méditation qui devint ainsi ce fameux Ave Maria que Gounod n'écrivit jamais bien qu'il ne le reniât point et qui devait parcourir le monde dans plus de quinze arrangements...

Dans son abondance et sa variété, la musique religieuse de Gounod revêt deux aspects quant au style : une majorité d'œuvres au sentiment religieux pur et sobre influencées à la fois par le chant grégorien (Te DeumMesse de Saint-JeanRédemption), par les Maîtres de la Renaissance, par Mozart et Mendelssohn.

Charles Gounod, que l'on a reconnu comme un mélodiste génial, un harmoniste né, qui avait une science admirable de l'écriture chorale et qui a su traduire (les mots sont de Henri Dutilleux) "cette pureté infinie, cette tendresse indéfinissable et ces accents d'une si grande vérité pour exprimer l'amour divin et l'amour humain."

Joachim HAVARD DE LA MONTAGNE 

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Messe de Sainte-Cécile (1855)

Gounod a composé cette Messe dans une résidence d'été, près d'Avranches. Une lettre écrite depuis la Normandie révèle l'esprit dans lequel il y travaillait : II n'y a qu'une difficulté, c'est de répondre par la musique aux exigences de cet incomparable et inépuisable sujet : la messe !

Cette difficulté semble avoir été résolue puisque Camille Saint-Saëns écrivait après la première parisienne de cette messe en l'église Saint-Eustache, le 22 novembre 1855, jour de la Sainte-Cécile :

L'apparition de la Messe Sainte Cécile (...) causa une sorte de stupeur. Cette simplicité, cette grandeur, cette lumière sereine qui se levait sur le monde musical comme une aurore, gênaient bien des gens. (...) C'était par torrents que les rayons lumineux jaillissaient de cette Messe.

Il est vrai que l'abbé Gounod avait trouvé le secret de faire entrer l'auditeur dans l'esprit même de la messe, avec la foi simple et sereine qui le possédait et le goût pour la célébration de la grandeur de Dieu. Le kyrie d'ouverture est d'une simplicité et d'un dépouillement d'écriture extrêmes et l'Agnus dei final, dans son allure ternaire de mélodie populaire, presque une rengaine, provoque chez le croyant une appropriation directe de la prière. A côté de ces moments simples et sereins, des mélodies, des harmonies et des chromatismes dont l'émotion poignante plonge au cœur même du drame qu'est aussi la messe (Crucifixus, Miserere, Et expecto...). Et comme Gounod est un peu ostentatoire parfois dans la proclamation de sa foi, certains autres moments sont peut-être un peu trop déclamatoires mais, dans leur étonnant unisson (Credo), rappelle que les chants d'assemblée sont la base de l'expression chantée de la foi.

François Ithurbide



 [Extraits vidéos du concert]